L’article de lequipe.fr, paru le 12 avril, rédigé par J. Lempin, annonce une triste réalité: et si la lutte contre les violences dans le sport n’était en fin de compte qu’un joli paravent pour donner bonne conscience aux fédérations et à leur ministère de tutelle?

 

L’association Éthique et Sport, qui accompagnait depuis une dizaine d’années les sportifs en difficulté, va être mise en sommeil. Le résultat, selon sa présidente, d’un manque de volonté de changement de la part des institutions.

 

Au bout du fil, la voix est résignée. Véronique Lebar a beau détailler avec conviction son parcours et ses actions, elle admet ne plus avoir la force de lutter. Active depuis trente-cinq ans dans le domaine du sport, que ce soit au ministère, au sein de différentes fédérations et même à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), cette médecin présidait aussi depuis 2013, sur son temps libre, le comité « Éthique et Sport », une association composée de bénévoles (avocats, psychologues, sportifs, entraîneurs, anciennes victimes…).

 

« L’objectif, c’était de proposer des solutions concrètes face à certaines déviances : le dopage, les violences, les paris sportifs, les discriminations, les maltraitances… », rappelle-t-elle. Au passé, puisque la structure, créée en juillet 2012, est aujourd’hui en cours de dissolution, à sa propre demande. Une procédure « lancée et définitive ».

 

Le docteur Lebar dit ne pas avoir été incitée à s’acharner face à l’immobilisme des services de l’État. « Je me désengage pour des raisons personnelles et car le monde actuel du sport n’est pas prêt à changer. Il y a trop d’avantages à ce qu’il ne change pas. Je ne parle pas du terrain, plutôt des personnes accrochées à leurs privilèges. J’aurais bien aimé céder le bébé, mais on n’a pas trouvé. C’est un gros boulot. »

 

« Quand une association comme la nôtre essaie de se bouger, on lui met des peaux de bananes »

 

« Les institutions et fédérations ne veulent pas que cela avance véritablement et fondamentalement, pointe-t-elle encore. Or, il faut une véritable volonté. Il n’y a rien à part des intentions et des réunions. Tout est mis en place pour que le système ne change pas. Pire, quand une association comme la nôtre essaie de se bouger, on lui met des peaux de bananes. Les seules choses qui attirent les institutionnels, c’est leur reconduite à un poste, le carriérisme, les préoccupations d’ego et, en somme, de la politique au sens mauvais du terme. Tout est bloqué. »

 

Au fil des années, « Éthique et Sport », organisme indépendant, avait pourtant réussi à grandir, fédérer de nombreux acteurs et aider près de 840 sportifs, du membre des équipes de France à l’amateur. Tous gratuitement, de la prise en charge par téléphone jusqu’aux éventuelles poursuites pénales, en passant par l’accompagnement psychologique. Avec un but : « apaiser les angoisses et répondre concrètement aux questions ». Une consultation sur la dépression, menée à l’automne 2020, avait notamment réuni plus d’un millier de participants.

 

Le ministère des Sports repousse les reproches d’inaction

 

Autant de sportifs qui se retrouvent désormais sans cet interlocuteur. « Toutes les affaires en cours vont se poursuivre, fait savoir Véronique Lebar. On ne laisse tomber personne, mais on n’en prend plus. » La mise en sommeil devrait être effective d’ici à quelques semaines. « Je pars avec une grosse amertume, car il y a un constat d’échec quelque part. Mais tant qu’il n’y aura pas, plus haut, une véritable volonté de changer les choses… »

 

Sollicité, le ministère des Sports repousse les reproches d’inaction avancés par Véronique Lebar. « On a toujours ouvert la porte à toutes les bonnes volontés pour accompagner le mouvement de libération de la parole et d’accompagnement des victimes, nous a-t-on fait savoir. Depuis deux ans, un travail inédit et colossal a été engagé de notre côté. Et nous n’en sommes qu’au début. Cela prendra des années. On n’a pas à rougir de nos actions. »

publié le 12 avril 2022 à 13h35mis à jour le 12 avril 2022 à 16h38

 

 

Signal très inquiétant à destination des sportifs et clubs qui perdent un soutien inestimable en matière de prévention/lutte contre les violences et discriminations dans le milieu sportif.
Les fédérations prendront-elles un jour conscience qu’elles n’attendront jamais un tel niveau d’expertise en interne? Malgré toutes les bonnes intentions de façade et les effets d’annonces des instances, c’est un retour en arrière de plusieurs années et le danger de voir les abus de toute sorte se multiplier…
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